E8 - Mère Ursula pleure son couvent saccagé

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Ce feuilleton est illustré par Anne Teuf, avec les conseils scientifiques de Georges Bischoff.

Je suis Ursula Vorburger, prieure du couvent de Schwarzenthann. Notre communauté de vingt-trois sœurs y vivait retirée du monde pour prier Dieu. Mais aujourd’hui, tout est perdu !

Ils ont fondu sur nous, en armes et déterminés. Ce n’était pas des soldats, mais des gens de la vallée, de Rouffach, de Soultzmatt et même d’Osenbach tout proche : nos voisins ! Nous en connaissons certains de nom, parfois même de visage. Ils ont forcé les portes, escaladé les murs, brisé les serrures, et nous ont jetées à terre. Ils sont restés douze jours…

Ils ont tout pris. Nos chaudrons, nos draps, nos couvertures, nos vêtements. Ils ont vidé nos caves, emporté dix fuder* de vin, mille poules, huit mille œufs. Ils ont brûlé nos livres, détruit les vitraux, démonté les planchers, arraché les portes. Ils ont mis à bas le cloître, les salles, les bains, les escaliers, les poutres. L’église a été profanée ! Les autels, les ornements, les statues, les reliques, les cloches, le Saint Sacrement, tout a disparu. Ils ont emporté jusqu’à la Vierge de l’autel. 

Ils nous ont chassées. Nous avons tout perdu, jusqu’à notre dignité. Je m’en remets désormais à monseigneur le bailli* de l’évêque de Strasbourg pour obtenir réparation des préjudices.

* 1 Fuder = 1.000 litres, soit au total 10.000 litres !

** Bailli = le représentant administratif et judiciaire de l’autorité, ici l’évêque de Seigneur

Aller plus loin : Amis de Schwarzenthann, l'association.

 

(c) Anne Teuf, 2025