Le vocabulaire de l’exposition "Liberté et Fraternité. 1525, la guerre des Paysans en Alsace"

Salle de lecture des Archives d'Alsace, site de Strasbourg/ CeA, Denis Guichot, 2013
  • Aveu : déclaration que doit fournir le vassal à son suzerain lorsqu’il entre en possession d’un fief. L’engagement se prend devant témoin, il fait l’objet d’un serment. L’aveu fait progressivement l’objet d’un enregistrement écrit.
  • Arbitraire : se dit d’un jugement qui dépend de la libre décision des juges.
  • Ban : exercice de la puissance publique : pouvoir d’ordonner, juger, contraindre, punir (droit de ban). Voir droits seigneuriaux*.
  • Bauer (all.) : le Bauer est celui qui exploite (bauen) un bien-fonds. Le mot est généralement traduit par « paysan »*. À la campagne, la banalisation de ce mot conduit même à désigner du nom de Bauer le voisin du même village, à savoir le « paysan » en tant qu’habitant le « pays » ou plat-pays, par opposition au citadin. Le terme Bauer se distingue d’Ackermann (laboureur, au pluriel : Ackerleute), qui désigne littéralement « celui dont la profession est de cultiver la terre ». Certaines personnes vivant en milieu urbain s’adonnent en effet à cette activité.
  • Bannière : signe de ralliement constitué par une pièce de tissu fixée sur une hampe (long manche ou support). Lors des opérations militaires, en campagne ou au cours d’une bataille, les différentes unités se reconnaissent par leurs bannières. 
  • Bétail : ensemble des animaux élevés pour la production agricole, lapins et volailles exceptés.
  • Bundschuh (all.) : littéralement, « chaussure à lacets », par opposition aux bottes des cavaliers. Considéré comme le symbole de l’homme du commun (der gemeine Mann), le mouvement du « soulier à lacets » désigne une conspiration dont les acteurs appartiennent principalement au peuple des campagnes ; elle vise à renverser les autorités en place, à instaurer une société égalitaire et à promouvoir la justice divine. Quatre soulèvements précèdent la guerre des Paysans de 1524-1526 : le Bundschuh dit de Sélestat, en 1493 ; celui de 1502 ; de 1514 et celui de 1517. Le terme Bundschuh joue également sur la notion de lien : le terme Bund signifie en effet alliance et, par extension, serment. Les conspirateurs prêtent serment.
  • Clerc ou ecclésiastique : membre du clergé, personne consacrée à la religion chrétienne qui a,
    - soit prononcé des vœux comme moine ou moniale (clergé régulier qui vit en communauté à l’écart des fidèles selon une règle),
    - soit s’est engagé comme prêtre ou chanoine (clergé séculier qui vit parmi les fidèles).
    Il existe une hiérarchie ecclésiastique dans l’Église catholique : les évêques, les archevêques, les abbés sont les catégories supérieures des ecclésiastiques.
  • Communauté paysanne (Gemeinde) : désigne une communauté d’habitants dotée d’une organisation collective religieuse, juridique et économique. Elle peut être urbaine ou rurale. Elle coïncide alors souvent avec un village et une paroisse, mais pas systématiquement (c’est la raison pour laquelle la traduction par « commune » est impropre au Moyen Âge). Cette communauté participe à l’administration de la seigneurie car elle détient et exploite collectivement un ensemble de biens fonciers et de droits d’usage. Pour cela, des représentants sont élus par l’assemblée des habitants pour exercer différentes fonctions (maire, garde champêtre ou sergent communal, jurés, échevins ou assesseurs qui siègent au tribunal du seigneur).
  • Corvée : travail gratuit exigé des paysans par leur seigneur. Les corvées sont caractéristiques du « régime domanial ». 
  • Coutumes, Droit coutumier : le morcellement féodal entraine la formation d’usages régionaux qui prennent peu à peu force de loi. Ce sont des règles très anciennes, mais qui sont encore utilisées par les juges locaux (on parle de « jurisprudence constante »). Ce sont majoritairement des droits non-imprimés, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas mis par écrit. Ces droits sont liés à un territoire : il s’agit d’un droit local.
  • Dîme : prélèvement (impôt) en nature, au profit de l’Église, qui correspond en principe à la dixième partie des produits de la terre et des profits (mouture, élevage, chasse, pêche). On distingue :
    - la grosse dîme (Grosszehend) qui porte sur « les quatre gros fruits » (froment, seigle, orge, avoine) ainsi que sur le vin, de
    - la « menue dîme » (Kleinzehend) qui porte sur les « menus grains » (lin, chanvre, pavot, colza, fèves, pois, légumes en tout genre).
  • Doyen : ce titre désigne de manière très générale à l’époque moderne, une personne exerçant une responsabilité publique. Dans de nombreuses communautés villageoises, le doyen est habituellement un officier seigneurial ayant des attributions judiciaires. Souvent, il seconde le maire. Ce nom peut même parfois désigner dans certaines localités des vallées vosgiennes un officier qui exerce la fonction de maire. 
  • Droits féodaux : ces droits dérivent du contrat de fief* ; ils caractérisent à l’origine les droits d’homme à homme qui sont liés à la concession de la terre. Ce sont : l’obligation de faire aveu*, de payer les cens et rentes féodales, de faire des corvées* sur la réserve seigneuriale, etc. 
  • Droits seigneuriaux : ils se rattachent à l’exercice de la puissance publique par les seigneurs à l’époque de la féodalité ; ce sont les droits de justice et de police, les banalités (obligation de se servir du four, du moulin seigneurial), l’organisation des foires et marchés, les péages et l’entretien des chemins, etc.
  • Eigenleute (all.) : catégorie générique qui désigne l’ensemble des personnes dépendant d’un seigneur à titre personnel et qui appartiennent à la catégorie des homines proprii non-libres : les serfs* aussi bien que les ministeriales (agents du seigneur chargés de responsabilités administratives).
  • Évangiles : textes écrits qui racontent la vie et le message de Jésus-Christ. Par extension, enseignement religieux tiré de la Bible. Pendant la guerre des Paysans, les insurgés* justifient leur révolte en affirmant que seule la parole divine doit guider la société.
  • Féodalité : système politique et social très décentralisé dans lequel le pouvoir est fondé sur la relation interpersonnelle mais inégale entre un suzerain et un vassal. Cette relation est nouée lors d’une cérémonie appelée l’hommage* au cours de laquelle est échangée la promesse du vassal d’être fidèle, d’apporter aide et conseil à son suzerain qui lui accorde en retour sa protection et un fief*.
  • Fief : chose tenue (bien, droit ou revenu, le plus souvent une terre) concédée par un seigneur à son vassal à la suite de l'hommage de celui-ci, et en échange de services (le plus souvent militaires). Le domaine concédé au vassal par le suzerain contre son hommage est souvent une seigneurie que le suzerain, un grand seigneur, laïc ou ecclésiastique, confie à un noble de moindre rang. Il arrive, à de rares occasions, que le vassal ne soit pas tenu pour noble. 
  • Fraternité : expression d’un lien affectif et moral qui unit des personnes autour de mêmes valeurs.
  • Homme du commun (en all. Gemeiner Mann) : le concept de Gemeiner Mann désigne tantôt le membre de plein droit de la communauté urbaine ou rurale, qui jouit de tous les droits conférés par ce statut, tantôt plus largement l’homme ordinaire du commun, le petit peuple, y compris dans sa dimension péjorative. Dans les sources, l’apogée de son utilisation se situe entre la fin du XVe et la fin du XVIe siècle. 
  • Hommage : rite, qui amène le vassal à prêter serment* à son seigneur, plaçant ses mains entre les siennes en lui engageant sa foi. « L’hommage-lige » est celui, préférentiel, engagé entre un vassal et le plus important de ses suzerains. 
  • Humanisme : c’est un mouvement intellectuel baptisé ainsi par les philosophes des Lumières au XVIIIe siècle pour caractériser les idées et les valeurs nouvelles promues par les humanistes aux XVe et XVe siècles. Sans rompre avec le Christianisme, les humanistes ont cherché à renouer avec l’antiquité afin de proposer une lecture du monde et de la société davantage centrée sur l’homme. « L’homme est la mesure de toute chose ».
  • Iconoclasme : mouvement hostile au culte des images. Dans l’ensemble de l’Europe, la diffusion des idées réformées (cf. Réforme*) s’accompagne de destruction des images (vitraux, statues, peintures), mais aussi d’objets servant au culte (calices, vêtements sacerdotaux).
  • Indulgences (en all. Ablass) : remises de peines vendues par la papauté aux fidèles en rémission des péchés qu’ils ont commis. Le trafic des indulgences augmente au tournant du XVe siècle et du XVIe siècle, grâce à la diffusion de l’imprimerie qui permet de produire des lettres à la chaine.
  • Insurgé : personne qui refuse l’autorité de son État et qui se révolte, se soulève, avec force et hostilité.
  • Laïc :  personne qui n’appartient pas au clergé.
  • Landsrettung (all.) : plan de défense régional en cas d'invasion, établi en concertation par les autorités. 
  • Lansquenet (en all., Landknecht) : fantassin (soldat combattant à pied) servant comme mercenaire dans les armées germaniques aux XVe et XVIe siècles. Les lansquenets n’ont pas d’uniforme imposé et peuvent s’habillent librement, ils sont reconnaissables à leur longue pique de 4 m de long.
  • Libertés : au pluriel, les libertés désignent les droits municipaux.
  • Mainmorte : Droit qu'avait le seigneur de prendre les biens d'un manant décédé sans enfant ; puis, droit (taxe) que percevait le seigneur sur ces biens. La Mainmorte est un héritage du servage* et elle paraissait déjà au début du XVIe siècle comme archaïque. 
  • Malefitzgericht (all.) : tribunal criminel. 
  • Manants (en all. Untertanen) : les habitants de la seigneurie* qui sont les sujets d’un seigneur. Le sujet doit obéissance, fidélité et service (en argent ou en travail) à l’autorité dont il relève. En échange, l’autorité doit protection au sujet.
  • Obrigkeit (all.) : autorité, terme générique qui s'applique aussi bien aux seigneurs qu'aux princes. 
  • Ost : armée, service militaire dû par le vassal à son seigneur. 
  • Paroisse : c’est la plus petite circonscription religieuse. C’est une communauté de fidèles placée sous l’autorité d’un curé, le prêtre qui dessert une église. 
  • Pasteur : guide spirituel de la communauté, c’est le terme qui s’impose pour désigner avec la Réforme le ministre du culte protestant qui peut se marier, à la différence du prêtre catholique qui s’engage à la chasteté lors de l’ordination.
  • Paysan : mot dérivé du latin paganus, c’est-à-dire « gens du pays ». Il désigne un habitant de la campagne, d’un bourg, d’un village.
  • Préfecture impériale (en all. Reichslandvogtei) : représentation de l'empereur en Alsace, siégeant à Haguenau. 
  • Privilèges : lois particulières dont disposent au Moyen Âge et à l’époque Moderne, les corps et communautés comme le clergé, la noblesse, mais aussi les provinces, les villes ou corporations. Les privilèges sont abolis par la Révolution française. Voir Droits* et Libertés*.
  • Réforme : on désigne ainsi le mouvement de renouvellement introduit dans la religion chrétienne durant la première moitié du XVIe siècle par Luther puis Calvin dans le but de réorganiser les structures et de modifier les dogmes, et ayant abouti à la formation d'Églises séparées. C’est la Réforme Protestante. Elle a provoqué en réaction un mouvement de refondation de l’Église catholique, notamment avec le Concile de Trente (1545-1563), afin de lutter contre les doctrines protestantes. On l’appelle la Réforme catholique.
  • Schultheis (all.) : le Schultheis, que l’on traduit généralement en français par prévôt ou écoutète, est, dans la hiérarchie féodale, chargé de faire appliquer les décisions du seigneur au niveau du village. Il préside le Gericht (le tribunal de village, conseil de communauté) ou le Dinghof (la cour seigneuriale ou domaniale, centre de la seigneurie foncière).
  • Seigneurie : C’est un domaine foncier sur lequel un ou plusieurs seigneurs exercent des droits sur la terre et les hommes. Le seigneur détient donc une autorité (Obrigkeit*) sur les habitants de la seigneurie qui sont ses sujets (Untertanen*). La seigneurie constitue la cellule de base de la société féodale.
  • Serf : paysan attachée à une terre, dont les biens et le travail appartiennent à un seigneur envers qui il a des obligations (corvées*, paiement de la taille, un impôt, etc.). Ce n’est pas un esclave : il a des droits en tant que personne, mais sa liberté est très limitée par les liens de dépendance étroits qui le lient à son seigneur.
  • Serment : c’est une promesse solennelle employée au Moyen Âge pour fonder ou consolider des rapports sociaux et des rapports de droit. Prononcée sur les Évangiles*, sa valeur juridique est particulièrement contraignante.
  • Servage : statut des hommes ou des femmes qui n’ont pas de liberté personnelle, qui sont attachés à la terre qu’ils cultivent et qui sont soumis à l’autorité du seigneur de cette terre. seigneur. Le mot servage est dérivé du latin servus : l'esclave. Un serf n’est cependant pas un esclave (qui est traité comme des choses et n'a aucun droit), même si sa liberté est très imitée par les liens de dépendance étroits qui le lient à son seigneur.
  • Vassal : homme libre qui se met volontairement au service d’un plus puissant en se « recommandant » à lui en échange de sa protection. Il est lié au « suzerain » par obligation de foi et hommage*.

 

Sources utilisées pour les définitions

Dictionnaire historique des institutions d'Alsace du Moyen Âge à 1815, accessible en ligne.

Les mots du Saint-Empire, un glossaire, fruit du séminaire "Droit, espaces, appartenances" de l'EHESS, accessible en ligne.

Dictionnaire historique de la Suisse, accessible en ligne.

GAUVARD (Claude), DE LIBERA (Alain), ZINK (Michel) dir., Dictionnaire du Moyen Âge, Paris : Presses universitaires de France, 2004, 1548 p.

CONCHON (Anne), MAES (Bruno) et PARESYS (Isabelle), Dictionnaire de l'Ancien Régime, Paris : Armand Colin, 2004. 

CHRISTIN (Olivier) et GHERMANI (Naïma), « Guerre des Paysans : une révolution allemande », l’Histoire n°532, juin 2025, p. 21.