Derrière une carte se dissimule un grand nombre de pièces, de différentes natures (croquis, esquisses, ébauches, épreuves, etc.), qui correspondent à autant d’étapes dans l’élaboration du document final.

En outre, des cartes manuscrites de l’Ancien Régime aux cartes à anamorphose réalisées informatiquement, le panel des types de représentations est vaste. Il reflète l’évolution des techniques cartographiques.

Terrier de Mittelhausen (pays de la Zorn, à l’ouest de Brumath). Premier plan : sous une tente abrite, le tabellion et son aide, qui enregistrent dans le terrier les déclarations des arpenteurs que l’on voit planter des jalons et mesurer les parcelles. © Archives départementales du Bas-Rhin - Archives départementales du Bas-Rhin

Pour autant, la description du territoire et la cartographie n’ont pas connu d’évolution linéaire : des usages et des représentations concurrents ont cohabité.

Au fil du temps, les cartes sont devenues plus précises, afin de répondre aux exigences économiques et militaires de l’administration royale, puis républicaine. Elles ont été également le reflet des progrès scientifiques et techniques accomplis par les géographes et les ingénieurs, et accompagnent l’émergence de nouvelles professions comme, au XXe siècle, celle de géomaticien.

A l’ère du web 2.0, avec la nouvelle « révolution cartographique », la représentation du territoire devient, de plus en plus, dynamique et collaborative. Les cartographes prêtent davantage attention aux données elles-mêmes, en constante évolution, qu’à leur représentation graphique, qui, pour être commode, demeure éphémère et n’offre jamais qu’un arrêt sur image à un instant T.

Dessiner la carte

Les plans « visuels », ou figuratifs, décrivent le territoire à la manière de schémas, ou le représentent comme le verrait un spectateur placé en surplomb ; les déficits du dessin sont palliés par des annotations ou des motifs graphiques. Leur approximation les distingue des plans géométriques, qui supposent des relevés précis effectués par des arpenteurs. 

Les plans visuels sont employés, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, concurremment avec les plans géométriques. Leur part devient ensuite moins importante, mais le genre se renouvelle au XIXe siècle, lorsqu’émergent les cartes illustrées, appelées également cartes picturales, pittoresques ou encore panoramiques, dont le style est plus artistique que technique.

Dessiner la carte

Des instruments et des techniques graphiques de précision 

Des instruments de mesure performants 

Avec l'invention d'instruments de mesure performants – la boussole (dont l’utilisation est attestée en Europe au début du XIVe siècle), le baromètre (au XVIIe siècle) et le chronomètre (au XVIIIe siècle)… –, il devient enfin possible de mesurer les angles, déterminer les latitudes et longitudes et mesurer les altitudes avec une exactitude auparavant inimaginable.

Des techniques de mesure et de projection constamment améliorées

Au XVIe siècle, l’astronomie et les mathématiques prennent une place importante parmi les sciences exactes. A cette époque que sont inventées les différentes techniques de projection permettant de représenter la Terre dans sa globalité sur un plan en deux dimensions.

    • Projection équivalente : conserve localement les surfaces. Ex. : projection de Bonne.
    • Projection conforme : conserve localement les angles, donc les formes. Ex. : projection Lambert.
    • Projection aphylactique : elle n'est ni conforme ni équivalente, mais peut être équidistante, c'est-à-dire conserver les distances sur les méridiens.

Une projection ne peut pas être à la fois conforme et équivalente.
 

Avec les progrès des méthodes de mesure, notamment de triangulation, les cartographes n’en sont plus réduits à faire des estimations et peuvent produire des données précises. Énoncée par le cosmographe hollandais Gemma Frison (dit Frisius) en 1533, la triangulation permet de déterminer une distance en calculant la longueur de l'un des côtés d'un triangle, et en en mesurant deux angles. La méthode connaît sa première application en France au XVIIe siècle avec les travaux de Picard (La Mesure de la Terre, 1671). Le recours à la triangulation se généralise à partir de 1740, notamment grâce aux travaux de l’Académie des sciences et à l’entreprise des Cassini.

    • La triangulation

La méthode consiste tout d’abord à déterminer les coordonnées géographiques d’un point de référence (latitude et longitude exprimées à partir d’un méridien d’origine), puis de mesurer avec précision, à l’aide de toises ou d’une chaîne, la distance à un autre point afin de disposer d’une base dont les coordonnées sont connues. 

Il est alors possible de construire le triangle qui lie cette base à un troisième point, en s’aidant de la mesure des sinus et des cosinus : la connaissance d’un côté et des deux angles adjacents permet la détermination de l’ensemble. En multipliant les points de repérage, on construit une chaîne de triangles dont les coordonnées sont connues. La triangulation permet ainsi de déterminer et de représenter avec précision un ensemble de distances et de coordonnées géographiques. La méthode pâtit néanmoins des déformations induites par la rotondité de la Terre et par les altitudes, qu’il convient donc de corriger.

La carte (re)devient thématique

Si l’on fait exception des cartes générales de type Cassini ou des atlas universels, il n’y a guère, jusqu’à la Révolution, de cartes imprimées thématiques. De nombreuses enquêtes sont effectuées sous l’Ancien régime (notamment sur la démographie), mais, le plus souvent, les données produites restent simplement consignées dans des mémoires, sans être reportées sur une carte. 

Au XIXe siècle, pour répondre à la demande - toujours plus précise - de groupes d’utilisateurs de plus en plus vastes, des outils spécialisés apparaissent : cartes géologiques, économiques ou touristiques, par exemple. Le développement de la lithographie, dans le premier quart du XIXe siècle, facilite l’essor de la cartographie en couleur et permet de présenter des informations dont la complexité et la richesse sont accrues. 

Aux XXe et XXIe siècles, l’administration se dote d’outils d’aménagement du territoire comme le schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme (SDAU), le schéma de cohérence territoriale (SCOT), le plan local d'urbanisme (PLU), dans lesquels les documents graphiques occupent une place essentielle.

Au 19e siècle, de nouveaux besoins cartographiques apparaissent

Réinventer la carte

Les progrès techniques et scientifiques réalisés au cours des XXe et XXIe siècles offrent à la cartographie des outils et des méthodes sans cesse plus performants. 

La photographie aérienne, développée à la faveur des deux conflits mondiaux et secondée, depuis les années 1970, par l’imagerie satellitaire, permet une appréhension jusqu’alors inégalée du territoire.  Ces clichés couvrent des zones d'accès difficile et sont réalisés de manière quasi continue ; pour autant, leur confrontation avec les mesures prises sur le terrain demeure souvent nécessaire. L’amélioration des outils de triangulation (utilisation des ondes radio) et le recours à la géolocalisation par satellite (G. P. S.) ont accru l’exactitude des relevés.

L’outil informatique permet le traitement des multiples données recueillies, qui sont intégrées à des bases de données. Ces dernières sont exploitées et croisées dans des systèmes d’information géographique (S. I. G.) qui permettent de les traduire en représentation graphique.

De nos jours, la carte s'affiche à la demande, puisant ses informations dans de vastes réservoirs de données que des logiciels graphiques sont capables de traiter instantanément. L'utilisateur peut effectuer une sélection des types de données qu’il souhaite consulter, visualiser immédiatement les conséquences de son hypothèse et ainsi prendre des décisions pertinentes, notamment en matière d'aménagement du territoire. 

L’information géographique, la donnée (en anglais data), représente, plus que jamais, une information stratégique, que les collectivités cherchent désormais à partager au niveau régional, national et européen. La directive INSPIRE, élaborée en 2007 par la Direction générale de l'environnement de la Commission européenne, vise ainsi à établir en Europe une « infrastructure de données géographiques » pour assurer l’interopérabilité entre bases de données et faciliter la diffusion, la disponibilité, l'utilisation et la réutilisation de l’information géographique en Europe.

L’infrastructure de données géographique réunit :

    • Les métadonnées
    • Les données géographiques
    • Les services en ligne
    • Le partage entre autorités publiques 
    • Les mécanismes de coordination et de suivi de la directive (communautés d’utilisateurs).

De nouvelles pistes en cartographie