Les techniques cartographiques sont le reflet des techniques de leur époque et du contexte géopolitique dans lequel elles sont établies

Elles révèlent un système de pensée et une vision du monde.

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Orienter la carte

Dans la cartographie ancienne, le nord ne se trouve pas systématiquement en haut de la feuille. Par ailleurs, lorsqu’une carte ou un plan comporte l’indication des principales directions — ce n’est pas toujours le cas —, le système d’orientation peut prendre différentes formes, plus ou moins élaborées. 

Les dénominations anciennes des points cardinaux sont restées longtemps en usage : Levant (ou Orient) pour l’est, Couchant, Occident ou Ponant pour l’ouest. Le Midi évoque le sud. Le Septentrion désigne stricto sensu la constellation de la Petite Ourse, donc le nord puisque l’étoile polaire située au bout de la « queue » de cette constellation marque le pôle nord céleste.

Avec l’avènement de la cartographie moderne, auquel contribuent les règles établies par Vauban et Nicolas Buchotte, les points cardinaux sont désormais représentés sur les cartes géographiques par une rose des vents. Et la Commission de topographie de 1802, qui uniformise les signes et les conventions, promeut l’usage, devenu commun, de placer le nord… au nord.

Le système d'orientation

Représenter le relief

Sur les cartes les plus anciennes, la représentation du relief (orographie) est sommaire ; seuls les accidents significatifs sont indiqués de manière symbolique : épis ou taupinières pour les montagnes ; vues cavalières. Les nuances apportées au lavis et le recours progressif à l’estompage (éclairage oblique donnant l'illusion de la troisième dimension) renforcent l’impression de relief. Les hachures et dents de scie permettent de préciser les profils. Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, ils restent cependant schématiques et imprécis. 

Les progrès scientifiques du XVIIIe siècle permettent de mieux traduire les reliefs escarpés, même si c’est toujours par des ombres ou des hachures. Sur la carte de Cassini, les mouvements se modèlent à l’aide de hachures d’autant plus épaisses que la pente est forte. 

L’usage de courbes de niveau (lignes d’une même altitude), utilisé d’abord pour l’étude des fonds marins, ne s’impose que très progressivement pour les cartes terrestres. Pour la Commission de topographie de 1802, qui propose une normalisation des méthodes et représentations cartographiques (utilisation d'instruments de mesure plus justes, nivellements déterminés à partir du niveau de la mer, usage de plusieurs perspectives sur une même carte interdit, orientation des cartes le nord en haut, utilisation de signes conventionnels, etc.), le choix du mode de représentation des formes du terrain reste ainsi l'éclairement oblique avec hachures. La Commission n’impose pas non plus d’apposer les relevés d’altitude (les points cotés) sur la carte.

Ce n’est qu’avec la carte d’état-major, dont l’exécution est confiée en 1827 au Dépôt de la guerre, que les prémisses des courbes de niveau voient le jour. Les deux modes de représentation coexistent longtemps.

Représenter le relief

Question d’échelle

Affirmer, à la suite de l’historien Raymond Oberlé, qu’ « à la mosaïque territoriale et administrative de l’Alsace correspondait, avant la Révolution, la multiplicité des mesures » est un euphémisme. Les unités de longueur s’expriment en perches (Ruthe), en pieds (Schuh) et en toises (Klafter). La valeur du pied, par exemple, décliné en pied du roi, pied commun, pied d’Allemagne, pied du Rhin, etc., varie sensiblement d’un lieu à l’autre, et dans le temps ! 

Avec l’adoption du système métrique, institué par la loi du 18 germinal an III (7 avril 1795), l’unification des poids et mesures accompagne et renforce l’unification politique du territoire. L’usage du mètre n’entre cependant que progressivement dans la pratique : les anciennes et nouvelles mesures coexistent jusqu’à ce que le système métrique soit définitivement imposé, en 1837.

Question d'échelle