Les techniques cartographiques sont le reflet des techniques de leur époque et du contexte géopolitique dans lequel elles sont établies
Elles révèlent un système de pensée et une vision du monde.
Orienter la carte
Dans la cartographie ancienne, le nord ne se trouve pas systématiquement en haut de la feuille. Par ailleurs, lorsqu’une carte ou un plan comporte l’indication des principales directions — ce n’est pas toujours le cas —, le système d’orientation peut prendre différentes formes, plus ou moins élaborées.
Les dénominations anciennes des points cardinaux sont restées longtemps en usage : Levant (ou Orient) pour l’est, Couchant, Occident ou Ponant pour l’ouest. Le Midi évoque le sud. Le Septentrion désigne stricto sensu la constellation de la Petite Ourse, donc le nord puisque l’étoile polaire située au bout de la « queue » de cette constellation marque le pôle nord céleste.
Avec l’avènement de la cartographie moderne, auquel contribuent les règles établies par Vauban et Nicolas Buchotte, les points cardinaux sont désormais représentés sur les cartes géographiques par une rose des vents. Et la Commission de topographie de 1802, qui uniformise les signes et les conventions, promeut l’usage, devenu commun, de placer le nord… au nord.
Le système d'orientation
Carte d’Alsace (Alsatia Landgraviatus Ober und Unter Elsass Sundgow und Brisgow)
ADBR 1 K /PLAN 2. - Editée par Jakob Sandrart, Nüremberg, vers 1660.
Carte coloriée de la Basse Alsace
ADBR 42 J 54 (fonds de la famille de Castex). - Avec commentaires en français, extraite de l’atlas de Gérard Mercator, imprimé à Amsterdam, [vers 1585].
Cours d'eau, chemins et terres agricoles entre deux moulins, près de Wilwisheim, 1710
ADBR E 1568. - Le septentrion est très fréquemment utilisé pour orienter les parcelles de terre. Ici, l’échelle est exprimée en Strassburger Statt-Schuhen, en pieds de la ville de Strasbourg, 100 pieds valant 2,05 cm.
Tuilerie du comte Philippe de Hanau, près de Hatten, 1574
ADBR 3 B 1546/1. - L’orient (Aufgang) est placé vers le bas ; l’occident (Niedergang), qui désigne l’est, en haut.
Plan géométrique fixant les limites du bois commun entre Eckbolsheim et Wolfisheim, arpenté en 1713
ADBR E 2788/2b. - Outre l’échelle, exprimée en pied de Strasbourg (Strasburger Statt Schuh), Rose des vents en haut, à droite, complexe, multicolore et de grande dimension (environ 17,5 cm de diamètre).
CARTE TOPOGRAFIQUE de la Partie Méridionale et Occidentale du Breitschloss. Appartenant en toute propriété avec haute moyenne et basse justice au Chapitre de Neuwiller Partie méridionale et occidentale de la forêt du Breitschloss avec cours d'eau, moulins, forges, entre La Petite Pierre et Graufthal, avec annexe (1/8 000), 1755
ADBR E_210_(5). - Plan d’arpentage : Par Christiani, inspecteur des Ponts et Chaussées Unité de mesure : perche. « La perche a vingt pieds de France » Rose des vents jaune et rouge, un peu excentrée. Le Nord avec la fleur de lys.
Bois appartenant à l'abbaye de Neubourg, à Dauendorf
ADBR H 1062. - 1698.
Forêt de Drachenkopf, dans le ban de Gosselming, appartenant à la commanderie de Saint-Jean-de-Bassel, XVIIIe siècle.
ADBR H 1401 (3). - Forêt en haute futaye dire de Drachenkopff est située sur le territoire ban et finage de Gosselming.
Représenter le relief
Sur les cartes les plus anciennes, la représentation du relief (orographie) est sommaire ; seuls les accidents significatifs sont indiqués de manière symbolique : épis ou taupinières pour les montagnes ; vues cavalières. Les nuances apportées au lavis et le recours progressif à l’estompage (éclairage oblique donnant l'illusion de la troisième dimension) renforcent l’impression de relief. Les hachures et dents de scie permettent de préciser les profils. Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, ils restent cependant schématiques et imprécis.
Les progrès scientifiques du XVIIIe siècle permettent de mieux traduire les reliefs escarpés, même si c’est toujours par des ombres ou des hachures. Sur la carte de Cassini, les mouvements se modèlent à l’aide de hachures d’autant plus épaisses que la pente est forte.
L’usage de courbes de niveau (lignes d’une même altitude), utilisé d’abord pour l’étude des fonds marins, ne s’impose que très progressivement pour les cartes terrestres. Pour la Commission de topographie de 1802, qui propose une normalisation des méthodes et représentations cartographiques (utilisation d'instruments de mesure plus justes, nivellements déterminés à partir du niveau de la mer, usage de plusieurs perspectives sur une même carte interdit, orientation des cartes le nord en haut, utilisation de signes conventionnels, etc.), le choix du mode de représentation des formes du terrain reste ainsi l'éclairement oblique avec hachures. La Commission n’impose pas non plus d’apposer les relevés d’altitude (les points cotés) sur la carte.
Ce n’est qu’avec la carte d’état-major, dont l’exécution est confiée en 1827 au Dépôt de la guerre, que les prémisses des courbes de niveau voient le jour. Les deux modes de représentation coexistent longtemps.
Représenter le relief
Plan de la forêt du Breitschloss et des possessions des comtes de Hanau, avec vue en perspective des Vosges du Nord, 1701
ADBR E 2006 (4). - Le dégradé et les nuances du lavis symbolisent le relief. Le rendu est renforcé par l’utilisation de la technique des hachures. Les touches de couleur ocre et verte ne donnent en réalité aucune idée de la surface, de la hauteur ou de la pente des montagnes.
Carte topographique de la forêt de Neuwiller-lès-Saverne, avec le château de Herrenstein et une partie de Neuwiller, XVIIIe siècle. (selon F.-J. Himly)
ADBR G 5490/10a. - Comme souvent au XVIIIe siècle, les éléments sont représentés à la fois en plan et en perspective (bâtiments), tandis que les couleurs employées participent à la compréhension du plan : vert pour les prairies, vert avec des petits arbres pour les forêts, brun pour les terres labourables, rouge pour les éléments maçonnés, etc. Le relief est figuré par des hachures qui évoqueraient presque des courbes de niveau, mais sans l’exactitude mathématique qu’on attendrait aujourd’hui… Le dessin des arbres suit ces courbes.
Carte des installations militaires le long de la route de Huningue à Belfort, calque, 1827
Fonds de la 5e division militaire en garnison à Strasbourg, ADBR RP/Supplt 24. - Cette carte, levée à vue, clôt la copie du Mémoire fait sur la route de Huningue à Belfort, rédigé par M. Ferris, lieutenant d’état-major. Elle indique les levés des cotes et le tracé de courbes de niveau.
Carte des environs de Strasbourg destinée à l’organisation des manœuvres militaires, 1885
ADBR 2 L/PLAN 11/3. - Avec courbes de niveau : feuille n°3 / Kochersberg
Carte d’état-major publiée par le War office, 1944
ADBR 6 E /PLAN 2. - Ministère disparu du gouvernement du Royaume-Uni, chargé de l'administration de l'armée de terre britannique
Carte de France et des frontières à l’échelle 1/200 000, type 1912
ADBR 1 F/PLAN 11. - Largement annotée au moyen de tracés jaunes, rouges et bleus, cette carte laisse supposer un usage militaire : lignes de tirs ? lignes de front ? temps nécessaire aux manœuvres ? Conservée hors de tout dossier permettant de comprendre son contexte de création, il est difficile de comprendre la véritable signification de ces ajouts manuscrits.
Question d’échelle
Affirmer, à la suite de l’historien Raymond Oberlé, qu’ « à la mosaïque territoriale et administrative de l’Alsace correspondait, avant la Révolution, la multiplicité des mesures » est un euphémisme. Les unités de longueur s’expriment en perches (Ruthe), en pieds (Schuh) et en toises (Klafter). La valeur du pied, par exemple, décliné en pied du roi, pied commun, pied d’Allemagne, pied du Rhin, etc., varie sensiblement d’un lieu à l’autre, et dans le temps !
Avec l’adoption du système métrique, institué par la loi du 18 germinal an III (7 avril 1795), l’unification des poids et mesures accompagne et renforce l’unification politique du territoire. L’usage du mètre n’entre cependant que progressivement dans la pratique : les anciennes et nouvelles mesures coexistent jusqu’à ce que le système métrique soit définitivement imposé, en 1837.
Question d'échelle
« Carte des environs de Strasbourg pour faire connoitre la séparation des chasses » réservées au roi et aux officiers, 1739
ADBR C 538/1. - Commanditée par le maréchal de Broglie, cette carte des terrains de chasse aux environs de Strasbourg est annexée à un mémoire sur la séparation des chasses, demandant que des poteaux soient plantés. Le lavis qui rehausse la carte lui confère un certain attrait. Le droit de chasse est, jusqu’à la Révolution française, un des privilèges ruraux de la noblesse.
Plan de Sélestat, 1815-1816, extrait des Places fortes alsaciennes et de l’est de la France, recueil de plans et de mémoires pendant et après le blocus de 1815
ADBR 100 J 281. - Le mémoire qui précède ce plan détaille le dispositif nécessaire à la défense de Sélestat.
Chemins entre Reichsfeld et Bernardvillé : trois profils pris sur le plan général, dressés en vue des réparations des chemins, 1768
ADBR C 181. - Les projets d’aménagement sont souvent accompagnés de coupes et de profils des différents ouvrages, auxquels sont parfois apposés des rabats, comme ici, afin de faciliter la compréhension du plan.
Plan des limites des finages de Cleebourg et de Soultz-sous-Forêts, avec dessin détaillé des faces des bornes armoriées, 1788
ADBR E 95/2. - Sur leurs côtés, les Bannscheide, bornes séparant deux bans, portent habituellement les marques propres aux communautés ou aux propriétaires des terres dont elles délimitent le territoire : blasons, initiales… On reconnaît ici le blason de Soultz-sous-Forêts, « de sinople aux trois fasces d'argent » (fond vert barré de trois bandes blanches horizontales).