Le dessein des cartes.
Une carte représente toujours un territoire, mais de différentes manières selon la communauté d’utilisateurs à qui elle est destinée et le but qu’elle poursuit : scientifique, politique, fiscal, économique, stratégique ou encore administratif. En ce sens, une carte vise d’abord à l’efficacité, même si c’est parfois au détriment de l’exactitude.
L’histoire de la cartographie n’a pas connu une évolution linéaire et des usages et des systèmes de représentation concurrents ont pu cohabiter pendant une même période. Au fil du temps cependant, grâce aux avancées scientifiques et techniques des géographes et des ingénieurs, les cartes se font plus précises afin de répondre aux exigences économiques et militaires croissantes. La cartographie, du XVIIe au XIXe siècles, devient un outil privilégié du pouvoir.
La carte, sous sa forme graphique, pose moins la question de la souveraineté effective que la volonté de souveraineté désirée. Ce que la carte délimite, c’est ce que l’usager revendique comme relevant de sa puissance, de son exclusivité économique, etc. L’établissement des contours des propriétés et la défense des droits qui y sont attachés comptent donc tout naturellement parmi les premières motivations présidant à l’élaboration des cartes.
La carte sous sa forme graphique
« Carte des environs de Strasbourg pour faire connoitre la séparation des chasses » réservées au roi et aux officiers, 1739
ADBR C 538/1. - Commanditée par le maréchal de Broglie, cette carte des terrains de chasse aux environs de Strasbourg est annexée à un mémoire sur la séparation des chasses, demandant que des poteaux soient plantés. Le lavis qui rehausse la carte lui confère un certain attrait. Le droit de chasse est, jusqu’à la Révolution française, un des privilèges ruraux de la noblesse.
Carte de la forêt du pays de Dabo, en Moselle actuelle, avec les représentations des châteaux du Dabo, du prieuré de Saint-Quirin et du village disparu d’Ischeid (commune d’Abreschwiller), 1605
ADBR G 735/PLAN. - Ce plan est inclus dans la convention réglant le différend territorial entre les comtes de Linange-Dabo et les Bénédictins de Saint-Quirin, dans la forêt dite du Streitwald (« Bois de la Querelle ») : il fixe la frontière entre les deux domaines. Toute la faune vosgienne, ou presque, est représentée : héron, ours, loup, renard, canard, poissons, coq de bruyère, cerf, chevreuil, cigogne, lièvre…
Mouvances des fiefs de la seigneurie d’Andlau, XVIIIe siècle
ADBR C 266/98. - Ce plan représente les différents liens féodaux dont relèvent les biens et possessions de la famille d’Andlau dans la banlieue d’Andlau. Le soin apporté à la représentation des bâtiments, qu’il s’agisse des châteaux d’Andlau et du Spesbourg, des remparts de la ville et de l’église Saint-André, ou encore de la scierie et de la cense anabaptiste, se retrouve aussi dans la précision avec laquelle l’étendue des vignobles et des forêts est dessinée.
Affirmer la propriété et percevoir des droits
Les plans servant à établir une propriété sont rarement antérieurs au XVIIIe siècle. Les nombreuses mutations foncières engendrées par les guerres du XVIIe siècle s’accompagnent d’une multiplication de plans, de plus en plus précis, conçus comme aide-mémoire à l’appui de registres ou de dossiers, au même titre qu’aujourd’hui, des plans accompagnent les actes de vente d’un bien.
Au cours du XVIIIe siècle, les seigneurs cherchent également à restaurer d'anciens droits seigneuriaux, afin d’augmenter leurs revenus, entamés par les guerres (ce qu’on a appelé la « réaction seigneuriale ») : ils font alors compiler les actes attestant leurs droits dans des terriers, parfois illustrés de plans.
De manière plus systématique, l’Alsace se dote d’une couverture cartographique presque exhaustive entre 1760 et 1763, sur ordre de l’intendant d’Alsace, Jacques Pineau de Lucé. Levés eux-aussi dans un but fiscal, les plans d’arpentage des finages ont pour objet de permettre une évaluation plus juste des biens fonciers et une répartition plus équitable du vingtième (impôt direct touchant l'ensemble de la population, et dont le montant correspond à 5 %, soit un vingtième, des revenus).
Affirmation de la propriété et perception des droits
Plan de situation montrant le moulin de Cleebourg et ses environs, 1599
ADBR E 43. - Le plan est joint à la correspondance échangée entre le duc de Deux-Ponts et le Vogt (bailli) de Cleebourg à propos de l’achat, par le premier, du moulin. Une liste de renvois (repères A à H) permet d'identifier les éléments principaux de ce plan très figuratif, formant une légende sommaire : canaux, étable, chemin... La perspective est approximative.
Echange de biens entre Wittisheim et l'abbaye d'Ebersmunster
ADBR 6 E 41/87. - Plan à l’appui de l’échange de biens entre la communauté de Wittisheim et l’abbaye d’Ebersmunster, daté du 3 mai 1752, (fonds du notariat de Strasbourg).
Plan d’arpentage schématique de sept parcelles de terrain à Furdenheim, 1777
ADBR E 906 (5f). - Etabli dans le cadre d’un échange de terrains entre le seigneur de Furdenheim et le « Professor » Spielmann, le plan délimite sommairement les parcelles, traversées par la Landstrass, et indique, pour chacune d’entre elles, leur contenance et le nom de ceux qui l’exploitent.
Minute du plan d’arpentage du ban de la communauté de Zeinheim, Mittelkurtz et Rangen,
ADBR C 570/425. - Réalisée par le sieur Gouget en 1760
Plan d’arpentage du ban de la communauté de Zeinheim, Mittelkurtz et Rangen divisé en plusieurs « cantons », levé par le sieur Gouget, 1760
ADBR C 570/425. - Le plan représente la limite et la superficie des terrains composant le finage et leur répartition par nature d’exploitation (champs, prairies, vignobles et forêts). Exemple tiré de la collection de 500 plans d’arpentage des finages ordonnés par l’intendant d’Alsace vers 1760 et couvrant 436 communes de la province (78 % de l’actuel département du Bas-Rhin), il fournit quantité d’informations sur la topographie, la toponymie, les activités économiques, les bâtiments civils et religieux et l’habitat. Tous les arpenteurs ne reportent pas les mêmes éléments entre la minute et la version définitive du plan, chacun ayant ses propres habitudes de travail.
Plan joint au terrier de Schillersdorf avec une vue du village et du finage, 1725
ADBR 1 E 1/118. - Les terriers conservés aux Archives départementales sont répartis dans des fonds très différents : archives communales déposées, archives notariées, fonds seigneuriaux et ecclésiastiques…Sur les plans joints aux terriers, les parcelles portent les noms du propriétaire et du tenancier, les indications de surface et de culture et les références aux feuillets des terriers, parfois même des renvois aux plans du « cadastre féodal », quand l’écrit peine à rendre compte clairement des délimitations de parcelles.
Rendre la justice
Couramment utilisés dans le cadre de procès, les plans versés au dossier d’instruction visent à présenter à une instance judiciaire qui ne se déplace pas sur place le terrain contesté entre les parties.
Dressés à grande échelle, ils sont centrés sur l’objet du contentieux (parcelle, lot de terres ou encore chemin, puits, etc.). Le soin apporté à leur réalisation varie selon le commanditaire : sollicités par le juge, le géomètre et l’arpenteur fourniront une carte exacte, mais sans sophistication graphique particulière ; par l’une des parties en cause, et la carte sera rehaussée de détails visuels, de couleurs, afin d’accroître sa force de conviction.
Rendre la justice
Vue de la vallée de la Bruche autour de Schirmeck, avec la grand-route, le château et l’église de Schirmeck, l’église de Russ, le début du cours de la Magel et les poteaux marquant la limite entre Boersch et Grendelbruch, 1540
ADBR 3 B 325/PLAN. - Présentée dans le cadre du procès qui oppose la communauté de Schirmeck à celles de Grendelbruch et de Russ au sujet des droits de pacage (ou de pâturage), de défrichage et de reboisement dans les forêts communales de Schirmeck, cette carte fait bien plus que décrire l’emplacement de l’objet du litige. Elle offre un aperçu d’un paysage de moyenne montage, avec le massif couvert de neige sur laquelle se déplacent des silhouettes.
Vue de la forêt de Geisshecken, au centre de laquelle se détache un chasseur, avec les représentations des églises de Still, Flexbourg et Balbronn, 1551
ADBR 3 B 1093/28. - L’évêque Erasme de Strasbourg est en litige avec le comte Philippe de Hanau-Lichtenberg pour une question de droit de chasse dans le « Geisshecken », entre les villages de Still, Balbronn et Gleichsberg.
Vue de la tuilerie du comte Philippe de Hanau, près de Hatten, 1574
ADBR 3 B 1546/1. - Le luxe de détails et le soin de l’exécution font de ce document un élément essentiel dans la défense du comte, qui souhaite faire reconnaître son bon droit dans le conflit qui l’oppose aux quatre grands villages du Hattgau : ces derniers lui demandent de réduire la production de sa tuilerie, agrandie récemment, aux dimensions antérieures, de démolir le hangar neuf et de ne pas livrer de briques, de chaux et de tuiles hors du pays du Hattgau.
Plans de situation avant et après règlement du litige entre la famille de Hanau-Lichtenberg et l’abbaye de Neubourg, au sujet d’un fossé près de la Münchmuhl (ban de Krautwiller, près de Brumath), 1698
ADBR E 1704. - Dans ce litige l’opposant au comte de Hanau-Lichtenberg, l'abbaye de Neubourg se considère lésée dans la possession de ses prés, au travers desquels on a fait passer la Zorn. Le cours modifié de la rivière est en vert et bleu, tandis que la « vieille Zorn » est identifiée par un trait rehaussé de jaune et de vert. Les deux plans montrent le même espace et portent la même date.
Plans de situation avant et après règlement du litige entre la famille de Hanau-Lichtenberg et l’abbaye de Neubourg, au sujet d’un fossé près de la Münchmuhl (ban de Krautwiller, près de Brumath), 1698
ADBR E 1704. - Les deux plans montrent le même espace et portent la même date. Le second présente le nouvel état des choses, après règlement du litige entre les parties.
Plan annexé au jugement rendu dans le conflit opposant Felix de Dartein à Joseph Metzger, vigneron demeurant à Dambach, pour statuer sur une contestation de limite de terrain, 1834
ADBR U 390. - Le plan est « levé et dressé » en vertu du jugement du tribunal de première instance de Sélestat rendu le 9 avril 1834, pour être « soumis à l’examen de Monsieur le juge commissaire ». Les jeux de couleur confèrent à la carte un certain esthétisme, sans que cela nuise à la précision des indications géographiques.
Défendre et conquérir
Région frontalière rattachée à la France sous le règne de Louis XIV (en 1648 et, pour Strasbourg, en 1681), l’Alsace occupe depuis lors, sur le plan de la défense du territoire, une position éminemment stratégique.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la fréquence des campagnes militaires, et en particulier de la guerre de siège, valorise le métier d’ingénieur-militaire, dont le plus célèbre représentant reste Sébastien Le Prestre de Vauban. En 1691, la cartographie militaire bénéficie de la création du corps des « ingénieurs-géographes du roi », essentiellement employés aux fortifications ; ils occupent dès lors une place prépondérante dans le mouvement de rationalisation et d’uniformisation de la représentation du territoire.
L’ingénieur-géographe est chargé de la reconnaissance du terrain et dresse à ce titre les plans des camps et les itinéraires des troupes. Il est également responsable de la levée de cartes précises des régions situées à la frontière afin d’établir les documents utiles au bon déroulement des opérations militaires. Progressivement, ses compétences ne se cantonnent plus aux seules affaires militaires et ses travaux s’orientent vers les ouvrages du génie civil et d’urbanisme. Le corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées, créé en 1716, est, pour sa part, chargé du tracé des voies de communications.
Défendre et conquérir
Plan inachevé de Neuf-Brisach, crayon et plume, XVIIIe siècle
ADBR C 510/2. - Le plan, en étoile, met en évidence l'architecture défensive de Neuf-Brisach. De nombreux éléments sont restés au crayon (rose des vents, bras d'eau, échelle ...), alors que d'autres (ville et bastions) sont déjà représentés à l'encre (encre noire de Chine et encre rouge).
Première page du Mémoire accompagnant le plan des fortifications de Kehl, 1712, conservé dans un recueil factice de mémoires et de pièces politiques concernant principalement la Lorraine, l'Alsace, le Palatinat, la plupart en copies, XVIIIe siècle, en trois volumes
ADBR 38 J 52, vol. n°3 (collection Heitz). - Consciente que les plans ne permettent pas d’appréhender de manière exhaustive la réalité du terrain, la monarchie exige que chaque ingénieur rédige également un mémoire décrivant les qualités du lieu que le dessin ne saurait seul transcrire.
Plan de Sélestat, 1815-1816, extrait des Places fortes alsaciennes et de l’est de la France, recueil de plans et de mémoires pendant et après le blocus de 1815, réunis par Pierre Henri Lepin, général de division sous le Premier Empire
ADBR 100 J 281. - Le mémoire qui précède ce plan détaille le dispositif nécessaire à la défense de Sélestat.
Plan des fortifications de Wissembourg au niveau du faubourg de Bitche, avec l’emplacement des casernes et pavillons militaires projetés, plume et lavis couleur, 1754
ADBR C 369/5. - Les bâtiments projetés apparaissent en jaune ; ceux déjà établis dans le faubourg, en rouge, comme le prévoient les règles graphiques fixées par Vauban vers 1680. Les méthodes de travail des ingénieurs militaires sont rationalisées et normalisées dès la fin du XVIIe siècle afin d’obtenir une représentation uniforme des lieux stratégiques du royaume, en particulier des places fortes, quelle que soit l’échelle retenue. Ces techniques ne seront étendues au domaine civil que cinquante ans plus tard, avec la publication, en 1722, des Règles du dessin et du lavis par Nicolas Buchotte, ingénieur ordinaire du roi.
Plan des fortifications de Lauterbourg, plume et lavis couleur, 18 juillet 1721
ADBR C 365/1. - Ce plan montre l'emprise des fortifications de la ville de Lauterbourg sur les terrains possédés par des habitants. Etabli au moment de la construction des fortifications, il permet d’identifier les propriétaires et les héritiers des parcelles, en vue de leur expropriation et de leur indemnisation. Les lettres et les chiffres inscrits à l’intérieur des parcelles renvoient à la lecture de procès-verbaux annexés au plan et spécifiant, pour chacune d’entre elles, leur propriétaire et leur valeur.
Projet d'attaque du terrain militaire du Polygone à Strasbourg, plume et lavis couleur, XVIIIe siècle
ADBR C 363/1. - Les cartes militaires comportent souvent des mises en scène pour l’entraînement aux manœuvres ou des plans d’attaque…Ici, plusieurs rectangles portés au crayon rouge et indiquant des noms de régiments ("Bretagne", "Cadets") sont positionnés sur la feuille. Les lignes rouges montrent, quant à elles, ce qui semble être des angles d'attaque.
Aménager le territoire
Avant que ne se mette en place, en 1716, le corps des Ponts et Chaussées, les routes étaient souvent construites et entretenues sans plans ni cartes. Dès la deuxième moitié du XVIIe siècle néanmoins, à la faveur des grands travaux d’aménagement du territoire entrepris par Colbert, la cartographie civile se développe, héritière des techniques de représentation des ingénieurs militaires. Il s’agit alors de faciliter la circulation des hommes et des biens. Aux XVIIIe et XIXe siècles, la carte devient un support quasi systématique d’aide à la décision administrative, autant qu’un auxiliaire dans la gestion du territoire.
Les plans présentés ici proviennent du fonds de l’Intendance d’Alsace qui, au XVIIIe siècle, compte, parmi ses multiples attributions de police et de justice, la gestion des ponts et chaussées ; cette sélection fait la part belle à l’administration des routes, des chemins et des rivières, mais nombreux sont aussi les plans conservés aux Archives départementales du Bas-Rhin qui abordent la question des ressources économiques (moulins, forges, mines, tuileries…) ou débordent largement le prisme chronologique retenu : schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme (SDAU), plan local d'urbanisme (PLU), etc.
Aménager le territoire
Route et ponts projetés entre Nothalten et Epfig, 1766
ADBR C 176 (pièce n°41). - Ici, le tronçon de route "AB" qui fait l'objet de la requête présentée par les communautés de Nothalten et de Zell est de couleur jaune, teinte dévolue aux projets. Les chemins sont identifiables par leur couleur marron.
Plan d'une partie de la route de Haguenau à Mertzwiller, 1788
ADBR C 694 (pièce n°7). - « Servant à indiquer les dégradations qui y sont survenues, ainsi que le projet de l'élargissement et prolongement de ses talus et des parties d'épi à construire pour garantir leur pied des affouillements des eaux du ruisseau dit Eisenbächel ». La cartographie des routes est désormais considérée comme un préalable indispensable aux travaux, comme en témoigne le soin apporté aux profils et aux calculs de distance.
Chemins entre Reichsfeld et Bernardvillé : trois profils pris sur le plan général, dressés en vue des réparations des chemins, 1768
ADBR C 181. - Les projets d’aménagement sont souvent accompagnés de coupes et de profils des différents ouvrages, auxquels sont parfois apposés des rabats, comme ici, afin de faciliter la compréhension du plan.
Plan et profil d’un épi à réhabiliter sur une partie du cours du canal du Fort Mortier et du bras du Rhin à proximité de Volgelsheim, 1764
ADBR C 536 (pièce n°6). - Ce plan, intégré au procès-verbal de l’inspecteur des Ponts et Chaussées François Gouget en vue du rehaussement d'un épi et de la réparation de sa brèche, illustre le développement de la domestication des cours d’eau au XVIIIe siècle. La construction d’un épi est, avec celle des digues et des barrages, une des étapes de la canalisation des berges : il s’agit de protéger les propriétés en bordure et de faciliter la mise en valeur des terres.
Plan de l'ancienne digue de bordage du Rhin, au-dessus du village de Neuhaeusel, avec les différentes brèches provoquées « par les ravages du fleuve depuis sa construction et particulièrement celles arrivées lors de la crue extraordinaire d'octobre 1778 », 1779
ADBR C 521/3. - Par ce plan soigné, il s’agit de convaincre l’intendant de la nécessité des travaux et de l’adéquation des moyens au besoin. Le but en a été atteint, au vu de l’annotation « vu et approuvé par l’Intendant » figurant dans le coin inférieur droit du plan.
Plan d'une « partie de canton de pâturage communal de Drusenheim », dressé pour l'examen du projet de desséchement du marais qui s'y trouve, 1778
ADBR C 157 (pièce n°89). - Le plan montre le marais qui va être asséché et expose les deux solutions envisagées. Chacune est indiquée par un renvoi : A et B. La mise en valeur des terres improductives du Ried, rendue indispensable par l’essor démographique et les nécessités de la production alimentaire, figure parmi les grands travaux d’utilité publique accomplis par les intendants d’Alsace. Cette tâche préfigure les travaux du Génie rural contemporain.
Extrait d’un rapport sur le projet d’établissement d’une ligne ferroviaire directe de Colmar à Saint-Dié, 1919
ADBR 121 AL 44 (fonds du Commissariat général de la République). - Les régimes politiques passent, mais les priorités administratives demeurent… L’abondance de pièces (rapports, plans, esquisses, etc.) relatives à la percée des Vosges au début du XXe siècle illustre bien l’importance que revêt, aux yeux du pouvoir central, le développement d’une ligne ferroviaire pour désenclaver la région, nouvellement rattachée à la France.
Gérer le territoire
Au terme de la guerre de Trente ans (1618-1648), la région est dévastée : la population est décimée (entre 30 % et 50 % de pertes humaines), de nombreux villages ont disparu (10 %), et l’économie est ruinée. Le redressement de l’Alsace est confié à l’intendant. Il faut ré-alotir les parcelles abandonnées et en améliorer la production pour nourrir un nombre croissant d’habitants.
Selon une idée chère aux physiocrates, l’agriculture ne peut que bénéficier d’une certaine planification rationnelle, qui passe notamment par la représentation spatiale des terrains.
Gérer le territoire
Arpentage du ban de la communauté d’Oberhoffen, 1753
ADBR C 565 (pièce n°281/1). - Similaire aux plans du « cadastre féodal » réalisé par les autorités civiles en 1760-1762, ce plan d’arpentage présente la répartition géographique des portions cultivées ou incultes du terroir ; il est pourvu d’une statistique précise des surfaces occupées par les prés, vignes, champs, forêts et communaux. Annoté a posteriori, il porte également les dates de défrichement ou de mutation et mentionne la situation fiscale des propriétaires.
Vue d'ensemble de la pépinière royale de Dachstein, 1747
ADBR C 382 (pièce n°2/2). - Réserve arboricole créée en 1742 par l’intendant d’Alsace Paul-Esprit Feydeau de Brou, la pépinière a pour fonction première de fournir en arbres les bordures des routes alsaciennes.
« Canton » de Neuenberg, à Durningen, partagé entre l'évêché de Strasbourg et la seigneurie de Hanau, avec la statistique des cultures, 1787
ADBR E 1470. - L’utilisation de deux couleurs pour le remplissage du dessin des parcelles s’explique par le besoin de différencier les possessions de l'évêché, en rose, et celles de la famille de Hanau, en vert.
Arpentage des terrains du « canton « dit « Seel-feld », à Rossfeld, 1762
ADBR D 112/2. - Le découpage des parcelles, très géométrique, traduit une volonté d’exploitation systématique et rationnelle des ressources agricoles. La désignation par « saisons » des pièces de terres (« grains d’hyver », « grains d’été ») rappelle la permanence de l’alternance des cultures sous forme biennale (blés d’hiver et jachère, ici appelée « brag ») ou triennale (blés de printemps, blés d’hiver et jachère). Une accolade dans la légende précise que la situation présentée correspond à ce qui « a été cultivé en 1762 ».