Conclusion : le dénouement du conflit et son retentissement

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La reprise d’un dialogue franco-allemand sur la question des réparations autour d’un comité international d’experts financiers, aboutit en août 1924 à un plan auquel le banquier américain Dawes donne son nom, enclenchant la fin de l’occupation de la Ruhr à l’été 1925.

« Un traitement détaillé du matériau des sources est attendu, selon les principes des statistiques et de la science historique », précisent dans une directive d’avril 1926 les directeurs de l’administration du bassin industriel de Rhénanie-Westphalie. Les Allemands s’attellent à l’écriture de l’histoire de la Ruhrbesetzung peu après la libération du territoire par les troupes franco-belges. Entreprise d’envergure pour un événement historique de courte durée, puisque les administrations municipales vont produire quelque 80 mémoires, qui rapportent des informations devant pouvoir être prouvées. Or, ces chroniques de la vie de la cité sous le joug étranger s’appuient en partie sur des témoignages invérifiables et n’évitent donc pas l’écueil de la déformation des faits, car l’histoire de l’occupation n’est pas réductible à la « science historique » convoquée plus haut : elle est aussi faite de perceptions antagonistes.

Paul Wentzcke (1879-1960), directeur des archives de Düsseldorf, est le chef d’orchestre de cette récolte de données sur la Ruhrbesetzung, fournissant un plan à suivre par chaque administration municipale. Il a soutenu sa thèse à Strasbourg, puis en 1912 en a été directeur des archives. Son œuvre « Ruhrkampf » fournit une histoire qui se veut complète sur l’occupation, sans taire ses prises de position nationalistes. Ses convictions anti-françaises sont en partie attisées par la perte de l’Alsace. Cependant, à la faveur de la détente franco-allemande qui suit le plan Dawes et des efforts en faveur de la paix, Paul Wentzcke connaît des difficultés à vendre en librairie son étude de plus de 1.000 pages sur l’occupation.

Cette période de l’immédiat après Ruhrbesetzung se caractérise par une mobilisation historiographique qui draine plusieurs types d’écrits, dont des témoignages de combattants. Albert Leo Schlageter, seul condamné à mort pour sabotage à être fusillé en mai 1923, devient l’icône de la résistance. Son histoire est récupérée par le parti nazi qui met en place son culte mémoriel.

En octobre 1925, la thèse en sciences politiques du Capitaine Poupard est soutenue à l’université de Strasbourg. Ce membre de l’Armée du Rhin justifie la présence française et montre l’attitude digne de l’armée. À la même période, Strasbourg abrite Joseph Matthes, un chef séparatiste rhénan pro-français qui a obtenu le droit d’asile, car en danger en Allemagne.

 

Les anciens de l’occupation de la Ruhr reviennent avec des souvenirs, des photographies et un certificat de service accompli « en mémoire de mon séjour  dans la Ruhr », comme s’il s’était agi d’une simple excursion au cœur du Reich, alors que les combattants ont été impliqués dans les derniers soubresauts d’une Grande Guerre inachevée.

Dans l’édition de 1940 de son récit autobiographique, le résistant du Ruhrkampf Gustav von Oetinger écrit que l’humiliation de la Ruhrbesetzung est désormais effacée par la victoire allemande sur la France.

 

Ce serait cependant un raccourci inexact de vouloir faire de l’épisode 1923-1925 le centre d’un triptyque demande de réparations / occupation de la Ruhr / montée du nazisme. L’histoire des rapports franco-allemands ne se réduit pas à ce que les discours officiels clament, qui couvrent d’autres voix et d’autres choix individuels. À la confluence des deux cultures, les Alsaciens et les Lorrains ont ainsi permis, même en pleine crise de la Ruhr, d’ouvrir d’autres perspectives pionnières de l’amitié franco-allemande.