La résistance passive mène à une impasse, l’État se ruinant à financer les salaires et les pertes des entrepreneurs alors que l’occupant prélève lui-même le charbon et le coke, remet les trains en circulation, s’indemnise largement en confiscations de produits industriels, biens de consommation, taxes et impôts, réserves des banques. En particulier à partir de l’automne 1923 avec l’hyperinflation, la situation devient chaotique et se retourne en faveur de la France, qui devient l’employeur des Allemands acculés à la misère, organise des ventes à bas prix et des soupes populaires, se pose en arbitre d’un renouveau de guerre civile entre centuries prolétariennes communistes, émeutiers, séparatistes et policiers municipaux.
L’année 1924 est celle d’un nouveau souffle entre la municipalité et l’armée française, Laignelot quittant son poste en janvier. Les entreprises allemandes recommencent à travailler avec la France après l’abandon de la résistance passive et les mines livrent le charbon au titre des accords de la Mission Interalliées de Contrôle des Usines et des Mines de novembre 1923.
Au-delà de la « grande » politique, la survivance d’une direction à Recklinghausen, qui peut désormais travailler à un compromis avec l’occupant, est due à la persévérance de l’équipe restante autour de Martin Sopp, conseiller municipal aux travaux. Il a tenu tête à Laignelot depuis mai 1923. Il est l’interlocuteur dans le dossier des bâtiments à construire pour héberger un nouveau régiment de dragons. Dans la caserne de la Schutzpolizei vidée de ses fonctionnaires, les travaux sont très précisément réglés par une coopération obligée entre Allemands et Français, indiquant que les toilettes doivent être « à la turque » dans la version française, devenant dans le document allemand « à la française ».