3.2.- Pour les Allemands, la vie doit continuer

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Les troupes prennent leur cantonnement dans des villes densément peuplés.

Recklinghausen doit fournir un hébergement pour une armée, dont les effectifs s’élèvent jusqu’à plus de 4 000 hommes, auquel il faut ajouter 700 chevaux, l’armement lourd et le matériel roulant. Auberges, hôtels, établissements scolaires, salles municipales, hangars, chambres chez l’habitant sont saisis. La répression militaire allège paradoxalement la tâche interminable du service municipal chargé du cantonnement des soldats : l’expulsion des policiers et des cheminots allemands libère des logements, la caserne de la Schutzpolizei abrite la cantine ou subit des travaux d’agrandissement.

Les points de friction portent sur la réquisition de bureaux à l’hôtel de ville et surtout d’écoles, obligeant les enfants à suivre la classe loin, dans des bâtiments surpeuplés. À Herne, le général Caron annonce la réquisition du Rathaus à cause de la non-coopération des édiles. Les déprédations des soldats, qui passent leur ennui sur les murs des salles de classe avec des graffitis, qui détruisent le bois des portes et meubles pour se chauffer, qui saturent les lieux d’aisance, sont constatées par la municipalité, qui se plaint du coût des réparations et des risques épidémiques.

La vie quotidienne des habitants est rendue très compliquée, d’un côté par la présence massive de jeunes soldats, et de l’autre, par la surveillance patriotique exercée par le clergé, les instituteurs ou simplement le voisin. Le paysage de carte postale du centre de Recklinghausen, s’ébrèche au fur et à mesure que la confrontation se durcit. Se déplacer devient périlleux : les tramways sont bondés car le trafic est réduit. Les femmes doivent éviter les groupes de soldats, qui peuvent être alcoolisés. Les tankistes et les chasseurs alpins sont dénoncés dans les rapports municipaux comme détrousseurs de passants. L’inflation et les difficultés d’approvisionnement, du fait du cordon douanier qui enserre le territoire occupé, provoquent une situation de disette.

300.000 enfants de la Ruhr doivent être évacués en dehors du territoire occupé. À partir de l’été, la situation dans les rues devient explosive, les communistes cherchant à attiser les braises révolutionnaires. Le rythme de la vie à Recklinghausen est scandé par les militaires, comme en témoignent la succession ininterrompue des ordonnances, l’ouverture de comptoirs de vente et l’extension de la prostitution jusque dans les couloirs de la mairie.

En même temps que s’effrite la solidarité qui amalgamait les différentes composantes de la société aux premiers jours de la résistance, les Allemands fréquentent les soupes populaires de l’occupant, retravaillent dans les mines et commercent avec les soldats, clients réguliers des ateliers photographiques.