3.- Soldats et des civil.e.s : de la haine au rapprochement

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Les contacts entre les soldats et les habitants du Ruhrgebiet sont marqués par une mémoire à vif de la Grande Guerre et par une profonde asymétrie : entre un occupant, qui estime que sa victoire est trop chère payée et un occupé, qui ne se considère pas vaincu mais victime, tant de l’injustice des Alliés que de la trahison des signataires de l’armistice. Les souvenirs de populations jadis occupées, qui subirent la férule et les violences allemandes en Belgique et dans le Nord et l’Est, s’entrechoquent avec la conviction dans la société du Reich, que son armée s’est toujours conduite avec dignité. Les rapports sont conflictuels, aggravés par l’hostilité latente de la résistance passive et par la lassitude morale des soldats, sous les armes depuis de nombreux mois.

Cependant la gamme des comportements et des émotions est large, lors de cette rencontre forcée entre Belges, Français et Allemands, rencontre que la plupart ne souhaitait pas, tant la haine de l’autre submerge encore, cinq ans après la fin des combats, les sociétés meurtries.

Dans les rapports allemands, l’accumulation des exactions attribuées aux soldats ouvre un abîme dans la nature humaine et révèle la pulsion de vengeance ou la bestialité qui semble animer les perpétrateurs : blessures gratuites à coups de baïonnettes et de crosses sur des travailleurs harassés ou des femmes de tous âges, cruautés, viols.

Cependant, les clartés d’une nouvelle relation franco-allemande font par moments leur percée, rompant par endroits un cycle guerrier en perpétuel recommencement. Certains font preuve de compréhension comme Barthélémy Bastien, d’autres comme Etienne Bach, s’engagent dans la réconciliation. En 1923, un sergent hébergé dans une famille à Weitmar (près de Bochum), évoque les brutalités passées de l’occupation allemande mais écrit « Nous sommes tous contents de trouver une maison hospitalière et de bonnes gens. »

L’amitié franco-allemande peut-elle, malgré cette forme de continuation de la guerre, commencer à être imaginée ?