3.3.- Les Alsacien-Lorrains : des compétences recherchées

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À la fin de 1918, l’Alsace-Lorraine est intégrée au territoire français. Depuis l’annexion allemande de 1871, les Alsaciens-Lorrains ont été l’enjeu d’une politique d’assimilation et se retrouvent désormais dans une situation inédite. 

En tant que précédents sujets du Reich, et pour les jeunes hommes, anciens combattants de l’armée allemande, la République française décide de leur rattachement à une nation, à une culture et à une langue, qui ont pu en cinquante ans, devenir en partie étrangères.

Leur maîtrise de la langue allemande, leur connaissance des codes sociaux, du système de chemin de fer, de l’industrie minière et métallurgique, de la navigation fluviale, sont des compétences prisées que le gouvernement français, qui cherche à les mettre à profit dans la Ruhr.

Les Alsaciens et les Mosellans ne constituent pas un groupe homogène et sont ceux de « l’entre-deux ». L’acquisition de la nationalité française ne résout pas pour certains le dilemme, de ne pouvoir se sentir ni complètent Allemand, ni complètement Français. Qu’ils se sentent proches des Allemands, ou se réjouissent de l’humiliation infligée aux « Schwowa » comme Joseph dans sa carte, ils rendent de précieux services dans la Ruhr comme interprètes, cheminots, ouvriers, policiers ou espions.

Si ces derniers peuvent mettre beaucoup de zèle à traquer les résistants à l’occupation française, ils deviennent vite suspects aux yeux des habitants locaux, qui devinent leur double jeu à cause de leurs origines lointaines. Ainsi à Wanne, le sergent français Krebs, germanophile qui fait montre de munificence dans les auberges, suscite des avis partagés sur ses mobiles.

Quant aux Alsaciens-Lorrains qui désertent l’armée, la police allemande se charge de les interroger sur leurs motivations réelles. Écrivant depuis Dortmund, un appelé écrit à des proches à Saint-Louis, qu’il se portera malade si sa permission est trop longue à venir ; un autre raconte depuis Bochum, que les jeunes femmes allemandes ne veulent pas d’eux. Être Alsacien-Lorrain dans l’armée du Rhin paraît autant un atout qu’un désavantage.