Barthélémy BASTIEN (1878-1968) est né à Vahl-lès-Faulkemont, en Lorraine annexée. Sa culture natale et sa langue sont allemandes. Le service militaire l’emmène en Chine, pendant la révolte des Boxers. Pendant la Première Guerre mondiale, il combat dans les chemins de fer de campagne allemands. Après l’incorporation de l’Alsace-Lorraine à la France, il obtient la nationalité française. Il occupe la fonction de chef d’aiguillage principal de la gare de Thionville. Lieutenant réserviste de 45 ans, il est affecté lors de l’occupation de la Ruhr à la 12 ème section des chemins de fer de campagne, comme chef de l’importante gare de marchandises de Wanne, puis est nommé à Essen-Vogelheim.
Est-il ce chef de gare, qui selon le témoignage d’une Allemande des environs, presque centenaire, a toujours protégé son père qui officiait comme chef de manœuvres à Wanne ? Malgré la résistance passive et la pression sociale, le jeune homme a pu continuer à travailler sous la protection des autorités d’occupation. Il ne parlait pas le français, pouvait acheter du cacao au comptoir de vente et a bénéficié d’un jour de congé pour la naissance de sa fille.
La capitaine Etienne BACH (1892-1986), originaire de Lunéville, a des origines alsaciennes par son père. Protestant, il a étudié la théologie. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il sert dans les chasseurs alpins. Alors qu’il est au front, il apprend la mort de sa femme et de ses filles. C’est avec la haine de l’ennemi qu’il entre avec l’armée d’occupation à Datteln en 1923. Or, lors de la célébration du Vendredi saint au temple, il tend la main au maire de la commune, Karl WILLE, épisode de la « communion de Datteln ». Il s’engage désormais dans la réconciliation et la paix franco-allemande, essayant d’intercéder auprès des autorités en faveur des habitants ou organisant en novembre 1923 une commémoration en hommage à tous les morts de la guerre, allemands comme français. En 1924 il fonde le mouvement des « Chevaliers au service du Prince de la Paix ».
Ces parcours biographiques illustrent le rôle d’intermédiaire joué par deux personnalités, qui par conviction et par proximité avec la culture allemande, se sont rapprochées de l’ennemi d’hier. Il y en a d’autres, celles et ceux que la mémoire publique n’a pas encore mis en lumière et dont l’histoire sommeille quelque part dans la caisse à souvenirs d’un grenier familial.