L’Allemagne de la République de Weimar, même au cœur d’une guerre civile latente et mise au ban des nations, reconstruit des relations diplomatiques et parvient à orienter l’opinion internationale en sa faveur. Pendant la Grande Guerre, la campagne alliée sur les « atrocités » allemandes, développée à partir des brutalités contre les civil.e.s et les destructions commises par son armée en Belgique et en France, a façonné l’image d’une Allemagne-bourreau. Vaincu et occupé à son tour, le Reich retourne cette arme idéologique contre son adversaire et lui tend un miroir, dans lequel se reflètent les mêmes crimes, cette fois-ci commis par la France en situation d’agresseur.
L’emploi des troupes coloniales françaises pour l’occupation de la Rhénanie déclenche en 1920 une campagne raciste de diffamation, dite de la « honte noire ». Elle trouve un retentissement dans une opinion publique occidentale majoritairement marquée par une vision dévalorisante des colonisé.e.s.
L’Allemagne, qui a perdu ses colonies avec le traité de Versailles, est désormais sous le contrôle de soldats originaires d’Afrique. Le thème du viol de la nation allemande à travers ses femmes est martelé de façon outrancière : ces mêmes hommes, jadis tenus en sujétion par elle, peuvent désormais disposer d’elle.
La propagande exploite l’isolement diplomatique de la France, les Anglo-saxons ne la soutenant pas dans l’invasion de la Ruhr. Elle s’appuie sur le droit international pour dénoncer les prétendues visées hégémoniques françaises en Europe. La propagande parvient à présenter l’Allemagne en victime, faisant oublier les exactions qui ont auparavant entaché sa réputation.
Après l’écho international favorable qu’a trouvé cette campagne raciste, les troupes coloniales sont retirées d’Allemagne à partir de juin 1920. La propagande continue tout de même à diffuser l’image de soldats africains ravageant la Ruhr et s’emparant de ses habitantes comme butin. Cette désinformation persiste jusqu’à aujourd’hui dans la mémoire collective.
Cependant, lors de la Ruhrbesetzung, les emprisonnements arbitraires, les agressions à main armée, les tortures, les viols, les pillages, les expulsions et les meurtres, sont perpétrés par des unités de métropole. La propagande utilise d’ailleurs le matériau des informations, plus ou moins vérifiables, sur les exactions des troupes. Elle met par exemple en scène une Marianne bestiale ou donne des soldats l’image d’une meute sans âme, qui achoppe sur la dignité d’un peuple pacifique et industrieux, représenté par ce mineur devant un chevalement, figure allégorique de la résistance passive.