4.- Une guerre de propagande

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« Le principe est de raconter plutôt trop que pas assez, mais avant tout de considérer avec soin le degré de crédibilité de chaque information et fondamentalement, seuls les faits prouvés doivent être imprimés. » `

Le représentant du gouvernement de Prusse rappelle une semaine après l’entrée des troupes franco-belges, que pour être efficace, la propagande doit être crédible. Cette consigne concerne les centres d’informations (Meldestelle) que la République de Weimar finance, afin de diffuser les exactions des troupes franco-belges. Rapports de police, interrogatoires de témoins, photographies clandestines — car interdites par l’occupant — articles dans les quotidiens et les tirages nationaux, caricatures, tracts, brochures, affiches, films, tous les médias modernes sont mobilisés afin de discréditer l’invasion de la Ruhr sur la scène internationale.

Le « Samedi saint sanglant » est l’épisode le plus meurtrier de cette confrontation franco-allemande. Il éclate à Essen le 31 mars 1923, lorsqu’un détachement, chargé de réquisitionner des camions appartenant aux usines Krupp, tire sur la foule des ouvriers qui encercle le hangar où les soldats français ont pris position.

Le traitement de la fusillade par la propagande allemande est une réussite. Elle s’appuie sur les photographies des corps transpercés par les balles et décerne à l’industriel Gustav Krupp le titre de héros de la résistance, après son arrestation par les Français, lui qui pourtant partage les responsabilités avec les militaires dans l’escalade meurtrière. Dans le vacarme orchestré par les services de presse du Reich, les justifications françaises sont inaudibles : les soldats se trouvaient en danger de mort, des agitateurs de la police bannie excitaient les milliers d’ouvriers, des sommations ont été faites et le fusil-mitrailleur ne fut pas actionné pour limiter le nombre de victimes.

La propagande agit à la manière d’une guerre dans la guerre : elle attise les affrontements en même temps qu’elle les manipule, afin de vaincre les défenses morales de l’ennemi. Du combat entre les occupants et les Allemands, la propagande sort victorieuse : il est aujourd’hui souvent impossible de savoir, dans les cas les plus dramatiques, ce qu’il est réellement advenu, la propagande ayant façonné l’information à sa guise.