4.2.- La propagande française : légitimer l’occupation

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Après la guerre, en France 300.000 bâtiments sont détruits, 2,5 millions d’hectares de terres agricoles dévastés, la production du coke ne couvre que 36 % des besoins de 1920. Cette plaie béante semble ne pouvoir être refermée qu’en prélevant chez l’ennemi vaincu, l’équivalent de ce qu’il a arraché au territoire français. La propagande, dont les affiches et brochures croulent sous des textes étayés de graphiques sur le montant de la reconstruction en France et les manquements du gouvernement de Berlin dans les réparations, peut-elle interpeller le lecteur allemand ? Alors que le Reich lutte pour retrouver un équilibre, l’opinion publique allemande est persuadée que les réparations sont la cause de ses difficultés économiques. En 1923, les Allemands ne peuvent pas comprendre les besoins de compensation franco-belges, car leur raisonnement est inverse. D’une part, l’invasion de la Belgique et de la France fut une guerre préventive, et en cela, les Alliés sont responsables des fléaux qu’ils ont appelés sur leur sol. D’autre part, l’armée allemande n’a pas été vaincue sur le front mais par la trahison de la gauche. Les revendications françaises de réparation et de démilitarisation de l’Allemagne ne seraient en conséquence qu’une nouvelle tactique de démembrement du Reich, là où elle aurait échoué sur le champ de bataille. Ce discours est porté en particulier par les nationalistes.

Le défilé militaire du 14 juillet à Recklinghausen nécessite des précautions, comme la mise à distance du public, l’interdiction de la vente d’alcool. Manifestation de force aux yeux des habitants, célébration de la patrie pour l’occupant, la parade n’a plus rien d’une fête et incline plutôt les spectateurs allemands à l’éprouver comme une nouvelle humiliation. La volonté de justification par la France de son statut de victime des ravages allemands et de vainqueur de la guerre, témoigne surtout d’une ignorance du point de vue adverse.

Pourtant le dialogue n’est pas impossible. Les enfants, même s’ils posent avec les tankistes pour une photographie de commande, image d’instants paisibles de l’occupation, fréquentent les soldats, source de curiosité et distributeurs de vivres. Le conseiller municipal Wagner à Witten, face à ses collègues qui s’en alarment, leur rappelle que les enfants ne voient pas le mal. Les femmes aussi s’en approchent, pas seulement pour l’argent ; des amitiés se nouent entre occupants et occupés.

Sous la chape de la propagande, la vie quotidienne et les relations entre personnes continuent.