Le Parlement d’Alsace-Lorraine (Landtag)

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L'Alsace-Lorraine cherche au début du XXe siècle à affirmer son identité entre modernisation institutionnelle, quête d'autonomie et bataille symbolique autour du drapeau régional.

Charles Spindler : l’Alsacienne au drapeau rouge et blanc (Rott un wiss). Collection particulière / Photographie J.L. Stadler.

En octobre 1911, les premières élections au suffrage universel mobilisent la classe politique et les électeurs : 184 candidats convoitent les 60 sièges de la seconde chambre et la participation dépasse les 80 %.

Une campagne électorale où tous défendent le particularisme

Qu’ils aient ou non été favorables à la Loi constitutionnelle, les candidats s’efforcent d’utiliser la nouvelle organisation politique dans l’intérêt de la région.

Une « Union nationale », au programme qualifié de nationaliste, se constitue autour de la devise « l’Alsace-Lorraine aux Alsaciens-Lorrains ». Elle réclame le respect des traditions de l’Alsace-Lorraine et « l’autonomie complète de l’Alsace-Lorraine dans le cadre de l’Empire » (Jacques Preiss, discours du 29 juin 1911). L’Union nationale recrute dans tous les partis, surtout le centre alsacien-lorrain.

La défaite des nationalistes ?

Les élections sont un échec pour l’Union nationale, dont seuls deux membres sont élus : les abbés Wetterlé et Delsor. Ce revers n’est cependant pas celui du particularisme ou de l’autonomisme. En effet, sur les questions nationales, les libéraux-démocrates, les socialistes et le centre s’inspirent de ce programme : la revendication de l’autonomie et du particularisme reste le dénominateur commun de l’ensemble de la classe politique régionale.

Au second tour des élections, le Centre et l’aile cléricale du Bloc lorrain (nationaliste, conservateur), remportent la majorité des sièges (26 + 10). Les socialistes et les libéraux-démocrates obtiennent chacun 11 députés. L’Union nationale, avec 3 % des suffrages, ne remporte que deux sièges. Un tiers des élus sont d’anciens parlementaires du Landesausschuss, surtout dans les rangs du Centre et du Bloc lorrain.

Les lois votées entre 1911 et 1914 par le Landtag portent essentiellement sur le commerce, les finances publiques, les impôts, la chasse, la rémunération des notaires ou des fonctionnaires. Les textes et réformes les plus emblématiques, que l’on retrouve aujourd’hui encore dans le droit local, ont été votés antérieurement.

De 1911 à 1914, aucun des problèmes posés par la « cote mal taillée » de la loi constitutionnelle ne sera éludé : trois questions occupent le devant de la scène.

  • Le gouvernement de l’Alsace-Lorraine nommé par Berlin n’est pas responsable devant la chambre élue au suffrage universel. Entre 1911 et 1913, la seconde chambre exprime donc régulièrement sa défiance face à l’Empereur et au gouvernement.
  • La seconde chambre plaide également pour un réel contrôle budgétaire et refuse, notamment, de voter le « fonds de grâce », qui permet à l’Empereur d’accorder des subventions à des organisations charitables et à des associations pangermanistes.
  • Les rapports entre les deux chambres, dont le profil socioprofessionnel et la base de la représentativité diffèrent, sont parfois tendus.

La lutte pour l’autonomie ne fait en réalité que commencer.

Après le rattachement de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne, l’utilisation du rouge et du blanc, couleurs traditionnellement utilisées dans l’héraldique régionale, apparaît comme symbole national ou patriotique. Un combat par l’image est mené par certains artistes et caricaturistes contre les couleurs impériales et le drapeau officiel du Reichsland (noir, blanc et rouge).

Après le vote de la Loi constitutionnelle, les députés adoptent, en 1912, un drapeau spécifique à l’Alsace-Lorraine (rouge et blanc, avec la croix de Lorraine). La décision est rejetée par le Reichstag et le drapeau ne sera jamais officiel.