Parmi les puissances victorieuses de la Première Guerre mondiale, la France est le belligérant qui sort le plus meurtri du conflit. Sa démographie déjà faiblissante doit supporter proportionnellement de plus grandes pertes, sesrégions du Nord et de l’Est sont en partie inhabitables, ses capacités industrielles amoindries, ses dettes de guerre dépassent plusieurs fois le revenu national. Les alliés anglo-saxons et l’Allemagne, eux, n’ont pas connu de combats sur leur sol. Même victorieuse, la France est épuisée et inquiète pour sa reconstruction, ainsi que pour sa sécurité. En 1922, les États-Unis et l’Angleterre ne soutiennent plus les réparations imposées à l’Allemagne et inscrites dans le traité de Versailles. À l’occasion d’un nouveau retard de livraison de charbon et de bois par l’Allemagne, le président du conseil Raymond Poincaré décide d’occuper la Ruhr, cœur industriel et charbonnier du Reich.
L’opération doit permettre de prélever directement le coke nécessaire à la sidérurgie mais aussi de contraindre le gouvernement allemand à honorer ses engagements, puisqu’il est signataire du traité de paix. De plus, la France n’ignore pas qu’un fort mouvement de l’opinion publique outre-Rhin conteste la défaite militaire et veut préparer une revanche. Les réparations sont régulièrement rejetées par le Reich, qui demande plusieurs moratoires des paiements, malgré les efforts diplomatiques ou les menaces. Alors que l’économie française est en difficulté, l’Allemagne redevient la première puissance industrielle du continent. Le sentiment que c’est l’ancien ennemi qui récolterait les fruits de la paix — alors que le Reich est au contraire en proie à une guerre civile latente — contribue à ce que cette opération militaire envisagée depuis 1919, soit appliquée en dernier recours.
La progression des troupes franco-belges commence le 11 janvier et s’arrête le 16 après Dortmund, à plus de 50 km à l’est du Rhin. L’armée allemande, dont les effectifs et l’armement sont réduits depuis le traité de paix, renonce officiellement à l’affrontement direct, ce qui n’empêche pas les actions armées clandestines, comme les attentats. Le gouvernement du chancelier Wilhelm Cuno annonce la résistance passive, qui ordonne la non-coopération avec l’occupant et dénonce l’entrée des troupes franco-belges comme une agression militariste que le droit des peuples condamne.
Destructions en France :
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300 000 bâtiments détruits
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2,5 millions de ha de terres agricoles dévastées
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La production nationale de coke ne couvre que 36 % des besoins